Salle des Échevins, le 14 décembre 2009 à 18h10, le Conseil municipal de Poitiers attendait son maire. La première adjointe Christine Sarrazin-Baudoux prit la parole, « On va commencer, en attendant que le maire arrive d'ici une dizaine de minutes. [...] Monsieur Boissonneau ! », c'était un journaliste qui n'était pas à sa place. Les élus ricanèrent. Madame la première adjointe reprit son intérim, d'une voix sourde, faisant approuver le procès verbal, « Bernadette Vergnaud donne pouvoir à Yves Jean ! » Quelques élus raillèrent la délégation de pouvoir, « C'est une déclaration ! » Madame la députée européenne, ségolèniste dans l'âme, ne craindrait pas de donner son pouvoir au parti fabiusien du président député-maire ?

Hôtel de Ville de Poitiers, décembre 2009.
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Daniel Ayrault, boute en train, « Unanimité moins une voix, parce que je ne suis pas installé ! » La première adjointe qui l'avait oublié, « Bienvenue ! »
L'opposant Ayrault, qui remplace une opposante démissionnaire, lança, fougueux, « Je suis content d'être à nouveau dans cette assemblée et d'être au service des poitevins... »
Le président député-maire arriva essoufflé, s'en revenant du CHU après avoir constatée une heureuse PMA : une première à Poitiers. « J'ai vu deux enfants magnifiques ! » Il en profita pour faire savoir son opposition à une loi favorable aux mères porteuses... Alain Claeys se tourna vers Daniel Ayrault, d'un sourire narquois, affable, « Il arrive avec une réputation forte ! Bienvenue ! »
Alain Claeys, soucieux, « [La délibération trois est] importante : elle concrétise les partenariats. Avec Claude Bertaud, nous avons négocié sur la ville et la CAP. » La négociation porta sur les financements croisés d'une convention sur « Coeur d'Agglo (4 millions d'euros), le quartier de Saint Éloi (5 millions d'euros) et le développement de la mobilité durable (2,5 millions d'euros). »
Après que cette délibération à réaction ait fusé au-dessus des têtes, Alain Claeys l'œil rieur, « Concernant les personnes âgées, Régine est là ! » Les élus se bidonnèrent. Heureux de son effet, le président député-maire poursuivit guilleret, « Je n'en rajoute pas. Concernant les EHPAD, il reste des places. [...] Il y a un projet à Pasteur. [...] Il y a nécessité de faire de l'accueil de jour [pour Alzheimer]. Sur le plan gérontologique du département : il y a une EHPAD à Saint Éloi et une autre à Montbernage. »
Après cet exposé enlevé du premier édile, l'opposante Maryse Desbourdes prit la parole et tempêta, « Je m'abstiens. C'est de la compétence du conseil général. Quatre millions d'euros, c'est beaucoup pour la CAP. Ces sommes qui appartiennent aux habitants, devraient être réattribuées à leur quotidien. »
Alain Claeys, « Ce sont des dépenses d'investissements, non de fonctionnements. »
Un élu se trompa sur une ligne de comptes où il prit pour 100 00 euros ce qui recouvrait une dotation de un million d'euros... Le maire souria, et lentement articula, « Je veille au grain ! »
L'opposant Modem, Philippe Mahou, le visage sombre, « Nous nous inquiétons sur l'avenir de la compétence générale qui permet de corriger les inégalités locales. C'est un équilibre entre l'augmentation du nombre d'habitants et le développement d'une mobilité fluide. Nous proposons comme solutions : la création de navettes de proximité avec subventions complémentaires ; la rénovation du parking Blossac avec un cheminement qui doit être plus attractif. »
Alain Claeys calma les ardeurs de son opposant, « Le parking est bien, mais son cheminement est nul ! Pour en sortir, il faut faire un effort. Il y a un problème d'attractivité à traiter cette année en terme signalétique. Le schéma transport devrait être mis en place... »
Le conseiller communiste Patrick Coronas, inquiet du devenir de la compétence générale des collectivités locales, prit de la hauteur, « La complémentarité des différents échelons de la démocratie locale a un sens. [...] Le suffrage uninominal majoritaire à un tour éloignera les concitoyens de la politique locale. [...] Les concitoyens devront payer plus pour les mêmes services, comme pour la viabilité des grands projets structurants. »

Poitiers, rue de la cathédrale, janvier 2009
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Alain Claeys, grave, « Si on devait parler de la critique des financements croisés, [...] en leur absence, ce serait un problème. Il n'est qu'à prendre l'exemple du TAP qui ne fonctionne que par les financements croisés. [...] Les conseillers généraux devront réduire la voilure sur les compétences indirectes. Je ne veux pas présager du débat parlementaire [sur la réforme des collectivités territoriales]. »
Cette histoire de la compétence fait partie des priorités du gouvernement Fillon, qui voit dans cette abrogation le moyen de soumettre les souverainetés locales aux seules politiques nationales. Ainsi, les élus locaux seraient pieds et poings liés, comme l'est le parlement français qui, dans les faits, n'est qu'une simple chambre d'enregistrement ; sauf rares exceptions de formes.
18h35. Le très discret conseiller Mustapha Belgsir exposa le plan de développement de l'ESCEM, « On est dans une démarche d'accréditation internationale. Le plan de développement de 2003 à 2009, c'est 7 millions d'euros. » Le conseilla rapporta de nouvelles subventions pour 2010.
Alain Claeys qui suit le dossier de près, « Il y a une injustice sur l'expertise [qui annula l'accréditation]. Je soutiens l'appel qui doit réussir. On trouvera une solution avec le professeur Gesson [Président de l'Université, NDR]. Science Po et L'ESCEM veulent s'étendre. »
Le conseiller Patrick Coronas, vigilent, « Je n'interviendrai pas tout le temps. Je remercie Mustapha Belgsir d'avoir tenu compte de mes remarques sur l'intérêt de ces subventions concernant [...] l'ESCEM. C'est bien pour la démocratie locale. »
Alain Claeys confiant, « L'accréditation fait partie de la formation supérieure. [L'ESCEM de] Poitiers-Tours est très cotée. Elle revient de loin. »
Philippe Mahou, « L'ESCEM est chère à mon cœur. C'est important qu'elle garde l'accréditation. »
Alain Claeys persiffla, « Vous êtes poitevin ? » L'élu Modem est un poitevin d'adoption, alors que le président député-maire se targue d'être un poitevin de souche, en le laissant fortement entendre... Le président député-maire continua, solide, « Il faut que l'école de commerce reste en centre-ville. Sinon, ce serait une bêtise ! » Pour sûr, le premier édile veut ravivé un prestige tellement écorné par son prédécesseur... C'est alors qu'Alain Claeys taquina son auditoire, « Régine, pour un sujet qui est cher à mon cœur... J'ai un autre slogan : vieillir, c'est vivre ! » C'est un peu plus qu'une lapalissade...

Hôtel de Ville de Poitiers, décembre 2009.
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Puis son adjoint aux finances Francis Chalard s'appliqua à rapporter des dépenses, pleuvant comme un tombereau budgétaire verglacé. Les aménagements du parc des expositions se faisant ressentir... Ah ! La douloureuse de 876 000 euros... Le grand argentier de Poitiers, ancien obligé de la banque LCL, hâta ses mots sur la fiscalité, comme pour masquer certains embarras... La taxe d'habitation est un sujet sensible...
Alain Claeys, sarcastique, « Tu vas trop vite ! Il y a quelqu'un qui fait des comptes rendus exhaustifs. [...] Ce sera retenu contre toi ! » Les élus s'en amusèrent : tout le monde s'étant passé le mot. La malice des uns ne compensa pas le flegme du grand argentier qui, ayant terminé, laissa la parole.
Alain Claeys, cavalier sur la délibération, « Ce sera une salle qui aura de la gueule ! Pour la charpente, tout est au feu vert... »
L'UMP tempéra l'auto-satisfaction, « Il n'y aura de problèmes que si il neige ! »
Le conseil parla apurement concernant les difficultés de leurs concitoyens. Il fut discuté le budget 2010 du CCAS supérieur à 3 millions d'euros. Alain Claeys, « J'ai signé avec les syndicats la règle des avancements, dans un contexte salarial difficile pour les fonctionnaires »
C'est un euphémisme, tant le président député-maire dut s'employer à mettre toute son expérience au service d'une concertation au bord de l'implosion ! Le respect des uns et des autres a triomphé. C'est bien pour le cabinet du maire ; c'est bien pour son administration ; c'est bien pour les Poitevins. Espérons que monsieur le président député-maire saura à l'avenir ne jamais éconduire ses concitoyens...
Il y a des pratiques regrettables qui tiennent trop du simulacre démocratique et qui causent toujours des dommages à celui qui les emploie. Un républicain doit savoir prendre le train quand l'intérêt général s'impose ; il doit en descendre quand les financements de l'intérêt général sont dévoyés. L'intérêt général est, par définition, l'intérêt de tous ; de toute la nation. Aussi, c'est bien à toute la nation d'assumer pleinement ses obligations, ses compétences : lutter contre le désengagement de l'État est un combat de tous les instants, non une kyrielle d'hypocrites beaux discours.
L'opposant UMP Stéphane Braconnier, soucieux du bien public, « C'est une augmentation des charges de personnels ? »
Le conseiller Jean Jacques Guérin, « C'était une provision insuffisante. »
C'est alors que le président député-maire, en gestionnaire avisé, asséna, « Nous raisonnons toujours à effectifs constants ! »
Voilà qui est bien et prometteur. Les poitevins sont enfin respectés. Il semble en effet que le maire de Poitiers veuille mettre bon ordre dans les finances municipales. Enfin ! Cela faisait de nombreuses décennies que Poitiers s'attristait de la pusillanimité de trop de ses élus. Il semblerait que l'on soit enfin décidé à enrichir Poitiers. N'oublions jamais que l'argent appèle l'argent et que seule une ville riche et bien gérée pourra avoir une politique de solidarités.

Poitiers, place du marché, Église Notre Dame La Grande, décembre 2008
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Après que l'amélioration du parc des expositions ait été entériné, la conseillère Anne Gérard, préposée à la culture, se félicita, « des nouveaux tarifs et de la bonne fréquentation de la médiathèque. » Voilà un bienfait de l'héritage Jacques Santrot.
Alain Claeys, « Quand on demande des subventions aux beaux arts... »
Anne Joulain, « C'est une disposition de l'école des beaux arts qui est chère à mon cœur ! » Les élus rigolèrent de l'arlésienne sentimentale, marketing claeysien...
Alain Claeys, récréatif, « Il n'y a pas de votes, puisque c'est cher à votre cœur ! » Après les plaisanteries, s'en suivirent une kyrielle de subventions arts & cultures ; sans oublier les signatures de conventions.
Daniel Ayrault, « En matière de financements, quelle est la participation de la DRAC (dans cette école) ? » Les réponses furent évasives... Une voix dira, timide, « Je n'ai pas de réponses... »
Ensuite fut soumis à l'honorable assemblée, l'acceptation d'un don de parents d'Alfred de Curzon, de manuscrits destinés à la recherche (politique, société...). Alain Claeys, « Il faut envoyer une lettre de remerciements... »
Cela ne semblait pas intéresser grand monde... Exception faite de Patrick Coronas, le regard perçant, « Il manque des guillemets sur la Croix Miraculeuse... »
Alain Claeys, charrie, ironique, devant le pointillisme de son conseiller, « Nous sommes tous d'accord ! [...] Monsieur Braconnier lève les bras au ciel ! » L'ambiance était à la franche camaraderie, parfois moqueuse...
Une convention bipartite fut abordée, laquelle encadre dorénavant le projet du Confort Moderne...
Alain Claeys, « Il est utile de faire une étude de prospective, tant sur l'impact [de Confort Moderne] au niveau national, qu'international. »
Stéphane Braconnier parla avec célérité, « Il n'y a aucun volet financier. [...] Il faudrait un volet immobilier. »
Alain Claeys tacla une fois de plus l'héritage Jacques Santrot, « Cette convention est un modèle et je souhaite que ce soit de même pour l'Espace Mendès France. »
L'opposant Modem, Philippe Mahou, taquin, plan séquence humour, « C'est une délibération chère à mon cœur. »
Le maire, tout sourire, léger, « [La convention] est une co-production avec les services... »
Anne Gérard, « On fait ça progressivement... »
Maryse Desbourdes réveilla les attentions, « Il y a des baisses de subventions de l'État. J'aimerai qu'on en parle ! Comment combat-on ces désengagements ? Ce devrait être condamné ! On devrait faire un bilan ! »
Anne Gérard, « C'est à un niveau nationale qu'on doit se battre ! »
Alain Claeys sortit sa botte secrète de gestionnaire, bon père de famille... socialiste, « Cela met en péril des manifestations. Si on n'est pas capable d'avoir ces financements croisés, ces manifestations tomberont d'elles-mêmes ! » Voilà donc comment Alain Claeys semble vouloir faire des économies : en laissant le désengagement de l'État opérer silencieusement... C'est assez honnête que de laisser entendre que c'est au-dessus des moyens d'une ville comme Poitiers.
Anne Gérard, dépitée, « L'État ne finance plus la culture scientifique... »

Poitiers, mairie, Noël 2008.
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À la délibération 22, fut observé une avance de trésorerie. Le président député-maire troubla sa conseillère en lui demandant des précisions... Moqueur, il lança, « Le maire ne peut plus poser de questions ?! C'est une manifestation qui est chère à mon cœur ! Cela ferait un très bon slogan pour les prochaines élections ! »
Stéphane Braconnier se voulut constructif, « Les chiffres du TAP ont été bons. Le problème est d'ordre budgétaire. [...] Il fait partie des scènes nationales avec un budget important. Pour espérer une limitation drastique du déficit d'exploitation, demandons une étude sur les coûts de fonctionnements. [...] Il faudrait s'interroger sur le TAP, et trouver d'autres financements, mécénats. [...] Les coûts ont été sous-évalués pour la mise en fonctionnement. Il faut une réflexion pour attirer d'autres partenaires [privés]. J'ai quelques inquiétudes sur les tensions budgétaires, concernant les programmations à venir qui vont obérer la situation financière. Il faut un engagement que celui de ne pas déshabiller les salles de quartiers. Or, la situation incertaine à Beaulieu pèse sur les quartiers. »
Alain Claeys répliqua avec une tirade, lui aussi, « Je voudrai rendre hommage à Denis Garnier. Son talent n'a d'égal que sa discrétion durant la mise en fonctionnement du TAP, malgré les vicissitudes de chantier » Entre autres aléas, un plafond s'effondra : le ciel portugais ne leur est heureusement pas tombé sur la tête... « Pour ce qui est du changement de direction, le jury de recrutement a lieu vendredi prochain. Au collège des financeurs, il y a communauté de vues. La programmation va jusqu'en 2011. Le budget est tenu. Le TAP coordonne des festivals. Tout le monde s'accorde à dire, compte tenu du rapport de la cour des comptes, que le spectacle vivant ne peut vivre qu'avec le concours des collectivités. Les mécènes mettent l'argent ailleurs. Je vais caricaturer... » Le maire évoquera le mécénat pratiqué au palais de Versailles et une audition de l'assemblée nationale menée par la commission des Finances ; puis il poursuivit sa tirade, « Francis [Chalard] passa un temps important sur la part revenant à la collectivité et celle revenant à la scène nationale. Quand je suis arrivé, j'étais dans le brouillard [Santrot savoir pourquoi, Jacques..., NDR] Il n'y aura pas de baisse de financements : ce n'est pas un problème de financements, mais de projets. Le défunt conseiller Bordier a été visionnaire : une culture qui part des quartiers, pour s'ouvrir. [...] Le projet culturel du TAP ne doit pas se réduire au TAP, mais avoir une vision au-delà de la ville. [En clair, Alain Claeys serait au moins, sinon plus, visionnaire que le regretté Bordier, NDR] Quand j'ai été reçu par la ministre de la culture Catherine Tasca à Paris, le TAP, structure trop grande pour la ville, l'a emporté grâce à son Université ! »
Nous y sommes, Alain Claeys explique à un auditoire buvant ses paroles, qu'en dehors de l'Université, rien ne va plus... Et en la matière, Alain Claeys s'inscrit dans la grande tradition poitevine : Poitiers se retrouverait-elle ?

Le Troll des Dunes scrutant Poitiers, surpris en décembre 2009...
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Anne Gérard, « Il est important de réinventer les relations entre maisons de quartiers en terme de politique culturelle destinée aux publics potentiels. » La chasse aux gaspillages est lancée, la mutualisation des coûts, la directive des directives... « Il y a une mission d'intérêt général. Quant aux ressources propres [des structures culturelles], la moyenne française c'est 20%. [La moyenne est le secret de la bonne gestion claeysienne... NDR] Bien sûr qu'il faut développer le mécénat. Nous devons stabiliser les financements. Il y a une tension, mais pas de difficultés, à ce jour. »
Alain Claeys, « Pour chacun des candidats [à la présidence du TAP], le projet du TAP sera jugé sur sa vision. »
Stéphane Braconnier, « Le TAP doit aller hors les murs. [...] Pour ce qui est de la qualité des équipements dans les quartiers, il y a un déséquilibre. Cela fonctionne si les murs des quartiers tiennent bien le coup ! »
Alain Claeys, sur la défensive, « Je ne crois pas que Poitiers soit une ville vétuste ! Robert [Rochaud] est en train de s'en occuper. »errière l'ironie, on confirme que l'on s'empresse, depuis 18 mois, à tout remettre en état ; les piscines comprises...
Le conseiller Aurélien Tricot, se sentant concerné, « La municipalité n'a pas à souffrir de ses apports. »
Puis, la fatigue s'attarda sur Alain Claeys, « On va voter je ne sais quoi ! Sur Limace... c'est une avance » Le premier édile prenait du bon temps...
Anne Gérard, « C'est une association chère à mon cœur ! » Madame la conseillère sait y faire... les conseillers se gaussèrent. Le conseiller Daniel Ayrault n'y tenant plus, « C'est une subvention rampante ! » Et tout le monde se bidonna...
[La suite du conseil dans la chronique Un tunnel pour la Ganterie, parce que Poitiers le vaut bien]
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