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Monday  01 May  2017
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2ème Chronique

Laurent Fabius est-il de bonne constitution ?

Kritix, le Monday 20 September 2004 - 2746 consultations - Commenter la chronique

Le "chevalier blanc" Fabius part en croisade contre un "texte constitutionnel" qu'il estime être le paraphe de l'idéologie économique et libérale du monde anglo-saxon (axe Londres-Washington) ! L'ancien premier ministre mitterrandien estime que l'intérêt général de la France et de l'UE n'est pas d'avaliser le "tout économique" au détriment de la cohésion sociale. La gauche française est divisée sur la question, seulement l'intrépide Laurent Fabius ne veut pas trahir les français qui n'ont pas voulut voter "Jospin" le 21 avril 2002: ces français qui exècrent majoritairement le laxisme politique en matière économique au sein de la "zone euro".

L'UE a douloureusement accouché le 19 juin 2004, d'une Constitution dont la longévité manquerait d'être abrégée, par un accident de ratification dans l'un des 25 pays où des référendums seront organisés en 2005, comme le Royaume-Uni. Les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq se sont mis d'accord sur le nom du successeur de Romano Prodi (gauche italienne) à la tête de la Commission en raison de "vetos croisés" contre les différents candidats en présence. L'ancien premier ministre de droite portugais, José Manuel Barroso a été désigné comme le nouveau président de la commission de Bruxelles. Les 25 membres de la Commission Barroso ont tenu leur première session informelle le 20 août dernier. En appelant au sens de l'enthousiasme et des réalités face à la mission « captivante mais ardue » qui les attend, le "Président désigné" José Manuel Barroso a insisté sur le besoin de vision et d'esprit d'équipe, et a souligné l'importance de communiquer avec les citoyens européens sur ce que fait la Commission et pourquoi.

Après le fiasco de décembre dernier, qui avait plongé l'UE dans l'incertitude, l'heure était à la célébration dés le 19 juin dernier. "C'est un grand résultat pour l'Europe, c'est un grand résultat pour tous les Européens", a déclaré le Premier ministre irlandais Bertie Ahern qui, à son poste de président de l'UE, a réussi là où Silvio Berlusconi avait échoué il y a six mois. L'ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, avait estimé que ce texte ferait faire à l'UE un bond de géant. "La Constitution, c'est l'essence de l'unité politique," avait-t-il expliqué à l'issue des deux jours de négociation. Pour le président du gouvernement espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, la comparaison fut de nature historique. Même les Polonais, les plus réticents à accepter un texte contre lequel ils se sont battus, ont sablé le champagne après avoir mené un dernier - et vain - baroud d'honneur pour obtenir une référence à Dieu dans le préambule du texte. Mais le jugement le plus attendu était celui du "père" de cette Constitution, Valéry Giscard d'Estaing, qui a présidé la Convention européenne dont est issu le texte approuvé. L'oracle athénien s'est montré très positif, même si les dirigeants européens ont méchamment effacé du préambule la citation de l'historien grec Thucydide à laquelle il tenait tant. "C'est aujourd'hui un grand jour pour l'Europe", a-t-il déclaré dans un communiqué, évoquant un "rêve" tout proche. Il est vrai que le texte approuvé respecte l'équilibre auquel la Convention est parvenue après 18 mois de travaux, mais ne garantie en aucun cas la laïcité: ce qui cause en France grand émoi, oubli fâcheux pour les présidents Chirac et Giscard, garants pourtant de la mémoire idéologique de l'actuelle constitution française, de facture laïque. Le président Chirac voudrait tromper la France et le salut de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789; "l'esprit des Lumières" a manqué à ces deux magistrats !

Malgré tout, notons que le texte boiteux et borgne, prévoit la création de deux postes censés permettre à l'UE de parler sinon d'une seule voix, du moins en harmonie: un ministre des Affaires étrangères et un président du Conseil européen élu pour 2,5 ans seront chargés de cette tâche. Le vote à la majorité qualifiée deviendra la règle, ce qui donne plus de pouvoirs au Parlement européen, "codécideur", même si le Royaume-Uni a réussi à préserver son droit de veto dans de nombreux domaines importants tels que la fiscalité. Ce qui réduit l'influence du parlement européen à un folklore qui reste à inventer ! La Commission européenne, qui restera composée d'un membre par pays jusqu'en 2014, ne devrait ensuite plus compter que des ressortissants venant des deux-tiers des Etats membres. Ce qui montre combien il serait difficile voir impossible de lutter, de réformer une constitution de l'UE ultra libérale: la France n'aurait aucun espoir de prétendre distiller du social dans les institutions. Il ne faut pas s'y tromper, une constitution est un texte référentiel, fondateur, norme juridique suprême: les peuples doivent voter selon l'intérêt général, la cohésion sociale, non selon une conjoncture politique où le marchand se prend pour le politique !

Comme lors de l'échec de décembre 2003, la question du mécanisme de partage du pouvoir a fait l'objet des négociations les plus ardues entre les dirigeants européens. Selon le compromis conclu, la majorité qualifiée sera atteinte si 55% des pays représentant 65% de la population venant de 15 pays au moins vote en faveur d'une proposition, alors que la Convention proposait des pourcentages inférieurs (50-60) qui auraient facilité la prise de décision. Si la gouvernance économique a fait peu de progrès, les pays de la zone euro seront plus libres pour s'organiser et procéder à une meilleure coordination de leurs politiques économiques: le triomphe de la droite libérale est inscrit dans le projet constitutionnel; Citoyens prenez garde !

Il reste maintenant à faire ratifier un texte qui, même s'il est beaucoup plus simple que les précédents traités européens, est loin d'être le document lisible par tous envisagé au départ. Une dizaine de pays entendent organiser des référendums populaires et, dans certains d'entre eux, l'opinion publique est loin d'être gagnée par une soudaine poussée "d'eurolâtrie". Surtout au Royaume-Uni où les partis eurosceptiques ont remporté près de la moitié des voix le 13 juin dernier. Or, si un seul Etat membre dit "non" à la Constitution, tout l'édifice s'effondre, et aucune solution de rechange n'est prévue, a fortiori s'il s'agit d'un grand pays. Pour ne rien arranger, le "consensus mou" fait qu'au lendemain des législatives européennes de juin dernier, la présidence du parlement européen s'est vu affublée d'une présidence au mandat partagé par la gauche puis par la droite (2 ans chacun). L'ancien président de la république française, et président de la convention européenne (assemblée ayant écrit le texte constitutionnel de l'UE proposé à la ratification), monsieur Valéry Giscard d'Estaing, lui, est prêt à s'engager sans exclusive aucune. "J'appelle toutes les citoyennes et tous les citoyens de ce grand ensemble à se mobiliser en faveur de leur Constitution pour passer ainsi du rêve à la réalité", a-t-il dit.

En France, au-delà des déclarations d'intention sur l'unité, la rupture amorcée, à l'université d'été de La Rochelle au sein de la direction du parti socialiste français est consommée. Et il y aura un après-12 septembre 2004 (date du "NON" télévisé de Laurent Fabius), date à laquelle Laurent Fabius s'est dit, en l'état, hostile au texte constitutionnel européen. Laurent Fabius va désormais partager avec les deux courants minoritaires un objectif commun. Le NPS d'Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, le Nouveau Monde d'Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon, auxquels il faut ajouter les forces militantes nordistes de Marc Dolez, pesaient 40 % environ au dernier congrès. Avec l'appui des fabiusiens, le "NON" serait à portée de main au PS. Claude Bartolone, proche de Fabius, met en garde sur les conséquences du oui sur la dynamique unitaire à gauche pour les échéances de 2007.

Le premier secrétaire du PS, François Hollande, met lui aussi l'union de la gauche au coeur de ses priorités. Mais il emprunte un chemin radicalement différent. Après la présidentielle réussie pour l'extrême gauche, il avait refusé d'entonner le discours "plus à gauche que moi tu meurs" pour gagner le congrès de Dijon en mai 2003. Son slogan : le réformisme de gauche. Il estime que c'est ce positionnement qui a rendu possibles les victoires aux élections régionales et européennes, tandis que les campagnes électorales socialistes faisaient la part belle à la fracture sociale: on n'est pas à une contradiction près... sauf qu'il s'agit là d'une trahison morale, bien fâcheuse pour un homme se disant "responsable politique"! Aujourd'hui, Hollande rejette l'exception sociale française en se disant proche de Blair, Schröder, Zapatero, cette gauche qui tient davantage de la "gauche US" que de la "gauche UE". Les cultures progressistes de gauche rejettent la fatalité et parfois se prennent à rêver d'un monde où le social puisse être au coeur du Politique. Ceci n'est plus une utopie, mais est le choix incarné du "NON" à un texte constitutionnel que l'économie libérale s'est permise, par l'entremise d'une technocratie bruxelloise corrompue, de saper. L'intérêt général des peuples de l'UE est menacé, seuls mais déterminés certains comme Laurent Fabius prouvent aux "élites déchues" que la souveraineté populaire aura toujours le dernier mot! L'impopularité est ce qui qualifie le mieux les 25 gouvernements qui ont négocié le texte constitutionnel! Puissants, n'oubliez jamais que votre légitimité dépend du peuple qui aujourd'hui vous tourmente ! Anticonstitutionnellement possible serait ce "parjure légaliste", si l'on veut bien considérer la légitimité populaire de l'UE...

Duel "Fabius vs Hollande": deux conceptions de l'avenir de la gauche française qui s'opposent au sein du PS. De bonne facture textuelle, il ne faut pas s'y tromper, le texte proposé par les chefs de gouvernement est la démission politique incarnée: l'utra-libéralisme triomphant ! Faire croire que l'articulation institutionnelle de l'UE revient à une simple équation économique, telle que définie par l'économiste et socialiste Dominique Strauss-Kahn, ferait blêmir les pères de l'Europe qui voulaient pacifier le Monde, non en faire une marchandise! Une constitution sans volonté populaire, n'est qu'Homme sans âme !


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